Alliance de recherche ODENA. Les Autochtones et la ville au Québec : identité, mobilité, qualité de vie et gouvernance

Orientations scientifiques et sociales

L’Alliance de recherche ODENA est une initiative conjointe de DIALOG et du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec qui a été mise sur pied en 2008 dans le cadre du Programme des Alliances de recherche universités-communautés du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH). Depuis lors, plusieurs autres subventions ont permis d’approfondir et de mobiliser les connaissances au regard des enjeux sociétaux relative à la population autochtone des villes. L’Alliance regroupe aujourd’hui une vingtaine de personnes et quelque dix partenaires communautaires du mouvement des centres d’amitié autochtones du Québec et d’autres provinces canadiennes. Elle offre des avenues alternatives dans la compréhension et la réponse aux défis individuels et sociétaux des Premiers Peuples au sein des villes du Québec. ODENA, vise à soutenir le développement social, économique, politique et culturel de la population autochtone des villes québécoises et à mettre en valeur l’action collective des centres d’amitié autochtones du Québec. Depuis 2014, les travaux d’ODENA se déploient également à l’échelle internationale. Cette alliance, à l’instar de l’ensemble des travaux de DIALOG, privilégie la recherche de proximité, la transmission et la mobilisation des connaissances, le partage continu des savoirs et leur inscription directe dans les initiatives de reconstruction sociale mises de l’avant par les instances autochtones concernées. Les thématiques abordées sont nombreuses : gouvernance et leadership; santé et mieux-être; persévérance et réussite scolaires; condition itinérante; qualité de vie; périnatalité sociale autochtone.

Présence urbaine : réalités, défis, enjeux

ODENA a réalisé la première enquête provinciale sur les conditions de vie et les pratiques de mobilité de la population autochtone urbaine a été entreprise en 2012 dans le but de doter les centres d’amitié autochtones, de même que les instances gouvernementales, de nouveaux indicateurs destinés à bonifier l’offre de services offerts à la population autochtone des villes du Québec. L’enquête visait également à mieux comprendre les réalités vécues par les personnes — jeunes, femmes, hommes, aînés — et les familles autochtones, de même que les logiques et dynamiques urbaines des Premiers Peuples dans les espaces urbains. Elle a été effectuée auprès de 1000 personnes dans les dix villes où sont situés les centres d’amitié autochtones de la province de Québec.

Cartographies sociales et économiques

Les travaux de l’Alliance ODENA ont mené à la création d’une nouvelle cartographie de la population autochtone des villes du Québec. Cette cartographie documente le potentiel de mobilité des personnes autochtones qui résident dans les différentes villes du Québec où sont installés des centres d’amitié, de même que le rayon d’action des centres d’amitié autochtones. Pour ce faire un nouvel outil cartographique et statistique a été construit. À partir des données statistiques du recensement canadien (1996, 2001, 2006, 2011 et 2016) nous proposons une façon d’aborder un ensemble de réalités qu’on a réduites jusqu’à présent à un simple calcul bureaucratique et statique.

Le document de référence Faits Saillants du Profil démographique de la population des Premières Nations et du Peuple Inuit dans les villes du Québec 2001 à 2016, a été développé dans le cadre d’une formation sur mesure avec le Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec.

La Clinique Minowé : innovation sociale dans les services de santé

La Clinique Minowé a été mise sur pied en 2011 afin de transformer l’offre de services en matière de santé et de services sociaux offerte à la population autochtone de la ville de Val-d’Or et de la région environnante. Sous le leadership du Centre d’amitié autochtone cette Clinique, elle propose aujourd’hui une gamme de services en continuelle recomposition, favorisant le mieux-être et la reconnexion communautaire de personnes et de familles aux prises avec des difficultés de différents ordres, tout en permettant de répondre à des besoins immédiats de vaccination, de dépistage, de traitements, d’accompagnement et de prévention. Cette offre de services est destinée à contrer, à terme, les effets délétères du colonialisme, un des principaux déterminants de la mauvaise santé des Autochtones.

Abinodjic : périnatalité sociale autochtone

Le projet de périnatalité sociale autochtone développé au Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or a été mis en place grâce à une subvention de l’organisme québécois Avenir d’Enfants dont la mission est de favoriser le développement des jeunes enfants à l’intérieur de la province de Québec. Le projet Abinodjic a connu deux phases de déploiement : la première phase s’est échelonnée de 2011 à 2014; la seconde phase, qui a débuté en 2015, s’est terminée à la fin de 2018. Inspiré de la roue de la médicine et centré sur le mieux-être holistique de l’enfant, il couvre quatre champs d’action (savoirs culturels, saines habitudes de vie, réseau de soutien familial et enrichissement de l’expérience parentale) qui circonscrivent l’offre de services et qui, sur le long terme, conduiront à renforcer le filet de protection des familles, accroître la fierté identitaire et favoriser la justice sociale et l’accès à l’égalité des chances.

Lutter contre le décrochage scolaire

Pendant l’année scolaire 2016-2017, dans le cadre du programme de soutien en éducation qui existe depuis 2013, le Centre d’amitié autochtone de Lanaudière a collaboré à la mise en place et aux activités du Comité Kacterimisowin – qui signifie « fierté » en langue atikamekw. Le comité a été mis sur pied par le CAAL avec l’objectif de collaborer avec les deux écoles secondaires publiques de Joliette, afin de favoriser l’engagement des élèves dans leur école et dans leurs parcours scolaires, et en réponse à la problématique du décrochage scolaire. Le comité regroupait une vingtaine de jeunes de la nation Atikamekw fréquentant les deux écoles, et a organisé des activités sociales, de discussion et de réflexion tout au long de l’année, à l’intérieur et à l’extérieur des écoles, afin de favoriser l’implication active de ces jeunes. L’initiative a été soutenue par un processus de recherche-action mené par une équipe de l’Université Concordia, sous l’égide du réseau DIALOG.

La condition itinérante parmi la population autochtone au Québec

Ce projet de grande envergure a traversé plusieurs étapes jusqu’à présent. Dans un premier temps, une enquête qualitative à deux volets a été réalisée à Montréal et à Val-d’Or grâce au financement conjoint du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS) et du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH). Dans un second temps, une troisième enquête s’est déroulée à Chibougamau; elle a été financée conjointement par le Centre d’amitié eenou de Chibougamau et par le CRSH. Dans tous les cas, la parole des personnes autochtones et celle des intervenants/intervenantes qui œuvrent auprès d’elles ont constitué le matériau de base de ces enquêtes; les efforts de recherche se sont concentrés sur l’identification des causes individuelles ayant mené à l’itinérance, les problématiques auxquelles les personnes en situation d’itinérance ont eu à faire face au cours de leur vie et sur les étapes du processus d’itinérance. Chacune des enquêtes a donné lieu à l’élaboration de pistes d’action fondées sur les résultats obtenus.

Pour en savoir plus :

Blanchet-Cohen N., É. Cloutier, S. Laroche, et al. 2021. « Moving Toward Indigenous-Centred Perinatal Care in Urban Quebec » , International Journal of Indigenous Health, 16 (2): 54-69

Comat I. 2014.  « Se construire et s’affirmer par les lieux: un regard sur les présences autochtones à Montréal » . Thèse de doctorat. Université Laval

Comat I. et C. Lévesque. 2017. « Montréal, territoire autochtone » . Dans Vivre ensemble à Montréal : épreuves et convivialités, sous la dir. de Annick Germain, Valérie Amiraux et Julie-Anne Boudreau, 80-91. Montréal: Atelier 10.

Desbiens C. et C. Lévesque. 2016. « From forced relocation to secure belonging: women making native space in Quebec’s urban areas » , Historical Geography, 44: 89-101.

Desbiens C., C. Lévesque et I. Comat. 2016. « “Inventing New Places”: Urban Aboriginal Visibility and the Co-Construction of Citizenship in Val-d’Or (Québec) » , City & Society, 28 (1): 74-98.

Lévesque C., A.-M. Turcotte, A. Germain et al. 2015. « La condition itinérante au sein de la population autochtone au Québec : éléments de compréhension et pistes d’analyse » , dans S. Bergheul (dir.) Regards croisés sur l’itinérance : 111-130. Montréal : PUQ.

Lévesque C., É. Cloutier I. Radu, D. Manseau-Parent et al. 2019. « Taking action to improve Indigenous health in the cities of Québec and Canada: the example of the Minowé Clinic at the Val-d’Or Native Friendship Center » . Dans Vojnovic, I., A. L. Pearson, G. Asiki, et al. (chapter 19). Handbook of Global Urban Health. Routledge : United Kingdom.

Piedboeuf E. 2020. « Les enjeux de la mobilisation des connaissances en contexte autochtone: Une étude de cas au Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or » . Mémoire de maîtrise. Institut national de la recherche scientifique.

Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec. 2020. Favoriser la persévérance et la réussite éducative des étudiants autochtones au postsecondaire. Wendake, RCAAQ.

Turcotte A-M. 2015. « Mobilisation des connaissances et recherche partenariale: la condition itinérante parmi la population autochtone » . Mémoire de maîtrise. Institut national de la recherche scientifique

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